14 août 2018, neuf heures du matin. Notre voiture, garée la veille en urgence dans un virage au dessus d’une falaise, ne démarre toujours pas. Ma carte bleue est bloquée. Hier, à la station service, celle de mon compagnon n’a pas fonctionné non plus. Nos derniers sous ont servi à payer un petit déjeuner au bar. Nous avons dormi sur la plage très touristique de Vignanotica, sur le Gargano, dans les Pouilles. La voiture nous a laché hier, en pleine côte. Réservoir vide. Nous sommes descendus par le sentier, avec une tente et un jerrican. Au crépuscule, j’ai monté la tente pendant que lui pompait à la va vite quelques litres d’essence dans le réservoir d’un bateau amarré sur le sable. Lui, c’est mon ex, mais je ne le sais pas encore. Je me demande vraiment ce que je fous là. Le lendemain, malgré l’essence volée, toujours rien. La batterie est à plat. Je prends mon carnet à dessin, je l’ouvre en plein milieu et avec mon plus gros feutre, je trace quelques lettres. HELP. Une première voiture s’arrête. Elle n’a pas de pinces crocodiles. La deuxième en a, mais ça ne marche pas. La troisième est conduite par un mécano. Dans son coffre, il a tout ce qu’il faut pour poser un diagnostic sur notre situation : la batterie est foutue. Il faut la changer. Une veille de quinze août, sans un sou en poche. Mais nous avons de la chance : l’homme va à Foggia chercher une amie. Il peut nous conduire dans un garage, et au retour, il nous déposera de nouveau à notre voiture, avec une batterie flambant neuve. Si une de nos deux cartes passe.
C’est comme ça que je me suis retrouvée à Foggia pour la première fois. Le plan a fonctionné : le mécano de Foggia nous a emmené dans un garage en ville, nous avons acheté une batterie à 150€, la carte de mon compagnon est passée, on a embarqué l’amie de notre sauveur et son fils, et vogue la galère, nous avons retrouvé notre voiture, roulé avec l’essence volée jusqu’à la station service, fait le plein, et passé le reste du mois d’août à se prendre la tête. Je l’ai quitté en septembre, de retour à Venise.
Bienvenue à Foggia
Ce n’est pas de cette brève histoire mal assortie que je veux vous parler aujourd’hui. Mais de Foggia. La ville a mauvaise réputation. En Italie, c’est même un nom qui suscite un ricanement nerveux. “Tu vas à Foggia ? Pourquoi ?” Sur Google, si on cherche “Pourquoi Foggia” les recherches automatiques suggèrent “est dangereuse / est détestée ?”. Sur Youtube, la simple recherche du nom de la ville fait émerger des vidéos aux titres interrogatifs. Foggia est-elle moche ? Foggia est elle dangereuse ? Les clichés sont légion. Un jour, quelqu’un m’a même dit que c’est à Foggia que naissent les punks à chien (en V.O., dites “punk a bestia”) avant de parcourir le globe avec leur canette de 8.6, leur crête et leur meilleur ami poilu. Cette information est tellement absurde que j’ai complètement oublié qui me l’a donnée et quand, mais elle reflète bien le type de fantasmes bizarres que l’on projette sur Foggia.
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