Juin 2024. Une brise légère souffle sur le port de Vernazza, dans les Cinq Terres. De mon perchoir, je contemple les toits du village, profitant de la fraîcheur de l’ombre qui me protège du soleil de midi. Le chant des cigales se mêle à la rumeur des casseroles qui s’entrechoquent en cuisine. Je suis l’une des premières clientes de ce restaurant à l’orée du village. Quelques minutes seulement après mon arrivée, une assiette apparaît devant moi. “Ecco, ravioli erbette e nocciole!” Je remercie et contemple le tableau : l’assiette qui fume, ma grille de mots croisés sur un coin de table, le guide de voyage que je suis en train de mettre à jour de l’autre, puis la dégringolade des tuiles, les façades jaune beurre et rose fraise, sur fond de méditerrannée qui scintille. D’un geste automatique, je saisis mon téléphone, ouvre l’appareil photo, cadrage vertical. Clic, Instagram, publier une story, hashtag, #vitalenta, clic partager. Dix secondes, buon appetito.
En attendant le café, je continue d’observer dans le détail le panorama qui s’offre à moi. Par une fenêtre, j’entrevois un homme en slip, couché sur son lit d’hôtel. Sur une terrasse, une femme étend une lessive de serviettes d'hôtels, toutes identiques. Une procession de touristes chapeautées monte lentement vers l’église, s’arrêtant pour faire des photos. En bas, le petit port remue comme une fourmilière au rythme des groupes qui s’installent ou sortent de table. Mon repas terminé, je vais payer. La caisse est située sur la terrasse de ce petit restaurant familial que je suis bien heureuse d’avoir déniché. Derrière la patrone, j’aperçois en contrebas un bout du quai de la gare. Une foule dense et agacée évolue à la queue-leu-leu pour monter dans le train qui dessert les villages. Clic, je capture l’image. Instagram, story, hashtag, #surtourisme.
Mon séjour dans les CinqTerre n’est qu’au premier jour mais avec ces deux images, tout est déjà dit.
La vita lenta, c’est la dolce vita qui se met en scène
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