Démesurément enthousiaste quand il s’agit de prendre le train en Italie, j’ai souvent rencontré des commentaires incrédules. Voyager en train en Italie, alors que le réseau est pourri, mais enfin, pour quoi faire ?
Fin juillet 2020, dans une gare du sud de la Calabre. Après de longues semaines enfermée chez moi, comme tout le reste de l’Italie, je mesure mon bonheur d’être en mouvement. A la gare de Lamezia Terme, le convoi - deux voitures vertes et grises aux fenêtres dotées d’épais rideaux bleu - attend ses passagers. Je quitte le quai brûlant pour m’installer à bord. Les fenêtres sont ouvertes, les rideaux s’agitent comme des mouchoirs alors que nous partons. Une vingtaine de minutes plus tard, les contrôleurs entrent dans mon compartiment. Je sors de mon sac une copie de la lettre que j’ai reçue, qui m’autorise à voyager gratuitement sur tous les trains calabrais pendant une semaine, pour les besoins de mon livre - L’Italie en train, en cours d’écriture. “Marco, l’ho trovata!”, commente le contrôleur en direction de son collègue. “Je l’ai trouvée, tu sais, la journaliste qui écrit un livre !”. Amusés, ils m’expliquent tout en m’observant de la tête aux pieds qu’ils ont reçu un communiqué interne les prévenant de ma possible présence à bord. Comme beaucoup d’italiens et d’italiennes à qui je parle de mon projet, ils sont à la fois heureux qu’une étrangère s’intéresse à leurs trains, et sceptiques quand à mon propos.
“Tu ne vas pas y aller en train”, “on va prendre la voiture, ce sera mieux”, “évidemment, le train était en retard”, “quel enfer avec toutes ces grèves”, “si tu n’as pas de voiture laisse tomber les vacances en Sicile”, “dans le sud c’est pire que tout”, “à Rome pour aller à la plage il te faut une bagnole”, “ici c’est pas l’Europe du Nord, les transports publics sont minables”…
...